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Aide humanitaire d'urgence

Il y a, dans toute catastrophe, un moment où tout se joue. Ce n'est ni celui de l'événement lui-même, ni celui de la reconstruction qui viendra des années plus tard.

Aide humanitaire d'urgence

Il y a, dans toute catastrophe, un moment où tout se joue. Ce n'est ni celui de l'événement lui-même, ni celui de la reconstruction qui viendra des années plus tard. C'est l'intervalle qui sépare les deux, ces quelques jours où une famille qui a tout perdu peut soit trouver de quoi tenir, soit basculer dans une précarité dont elle ne sortira plus. L'aide humanitaire d'urgence se déploie dans cet intervalle. Elle ne répare rien, et il faut le dire clairement. Elle empêche que les choses s'aggravent, ce qui est déjà considérable.

Ce que perdent les familles

Quand un séisme, un cyclone ou une inondation frappe une communauté, la perte matérielle est la plus visible mais rarement la plus lourde. Une maison détruite se voit. Ce qui se voit moins, ce sont les réserves alimentaires anéanties en quelques minutes, les moyens de subsistance qui disparaissent avec l'atelier ou le champ, les documents d'état civil emportés par l'eau et sans lesquels une personne n'existe plus administrativement, les réseaux d'entraide dispersés par le déplacement.

En effet, une catastrophe ne détruit pas seulement des biens. Elle défait des liens. Le voisin chez qui on empruntait, la marchande qui faisait crédit, le cousin qui gardait les enfants, tout cela se disperse en même temps que les habitations. C'est pourquoi une famille sinistrée n'est pas simplement une famille appauvrie : c'est une famille privée des mécanismes qui, d'ordinaire, lui permettaient d'absorber les chocs.

Il faut préciser que cette perte de résilience est cumulative. Les territoires régulièrement exposés, et Haïti en fait partie, voient les mêmes communautés frappées à intervalles rapprochés, sans avoir eu le temps de se relever de la fois précédente. Chaque événement trouve des populations plus fragiles que le précédent ne les avait laissées.

Le temps court, et ce qu'il autorise

L'aide d'urgence répond à des besoins immédiats et vitaux. Nous fournissons des vivres, de l'eau potable, des abris temporaires et des biens de première nécessité, ainsi que des soins de santé essentiels lorsque les structures locales sont dépassées.

Ces réponses paraissent élémentaires. Elles ne le sont pas. Distribuer de l'eau potable suppose d'avoir identifié les points de captation encore sains, testé leur potabilité, organisé le transport et la conservation, et prévu les contenants que les familles n'ont plus. Installer un abri temporaire suppose d'avoir choisi un terrain qui ne sera pas inondé à la prochaine pluie, obtenu l'accord de son propriétaire ou de la collectivité, et pensé l'accès à l'eau et aux latrines avant d'y installer qui que ce soit. Chacune de ces opérations engage des décisions qui auront des conséquences longtemps après la fin de l'urgence.

Cependant, l'aide d'urgence connaît ses limites, et une organisation honnête les énonce. Elle ne reconstruit pas les maisons. Elle ne restaure pas les moyens de subsistance. Elle ne remplace pas un système de santé défaillant ni une école fermée. Elle tient un temps, elle évite les décès évitables et les épidémies, et elle rend possible ce qui viendra ensuite. Confondre le secours d'urgence avec le développement est une erreur d'analyse qui produit des programmes mal calibrés et des promesses intenables.

Avec les organisations déjà présentes

Aucune organisation étrangère n'arrive en terrain connu. Elle arrive avec des moyens, une méthode et une bonne volonté, et il lui manque l'essentiel : la connaissance fine du territoire, des familles, des rapports de force locaux, des personnes qu'on oublie toujours.

D'où la nécessité de travailler avec les organisations déjà présentes sur place. Elles connaissent les quartiers. Elles savent quelle famille accueille déjà cinq personnes déplacées, quelle veuve n'ira pas réclamer son dû, quel notable détournera la distribution s'il en a l'occasion. Cette connaissance ne s'acquiert pas en trois semaines de mission.

Nonobstant, le partenariat n'est pas la sous-traitance, et nous devons l'admettre franchement : une partie du secteur humanitaire s'est habituée à déléguer l'exécution aux acteurs locaux tout en conservant la décision, la visibilité et la maîtrise des fonds. HASDI définit ses programmes et en assume la responsabilité, mais ses conventions avec les partenaires locaux fixent les obligations de chacun, les indicateurs de résultat et les modalités de reddition de comptes. Les deux parties savent ce qu'elles doivent, et à qui.

La question des critères

Toute distribution suppose un choix, et tout choix laisse quelqu'un dehors. C'est la difficulté la plus mal traitée de l'action humanitaire, et celle dont on parle le moins.

Les critères de sélection des bénéficiaires sont arrêtés par l'association, écrits avant la distribution, et rendus publics auprès des communautés concernées. Cette exigence n'est pas administrative, elle est protectrice. Un critère écrit et affiché peut être discuté, contesté, corrigé. Un critère implicite laisse la porte ouverte au favoritisme, à la pression du plus fort, et à l'arbitraire de celui qui tient la liste. Dans un contexte de pénurie, la transparence des critères est la première protection des personnes les plus vulnérables.

En ce sens, nous mettons en place des mécanismes permettant aux bénéficiaires de signaler un manquement, une exclusion injustifiée ou un comportement inapproprié d'un intervenant. Ces signalements sont reçus et traités par un point focal indépendant, qui rend compte directement aux instances de l'association et ne peut recevoir d'instruction d'aucun responsable opérationnel.

Les standards que nous appliquons

Notre action s'inscrit dans les principes humanitaires internationalement reconnus d'humanité, d'impartialité, d'indépendance et de neutralité.

Nous nous référons à la Charte humanitaire et aux standards minimums de l'intervention humanitaire, publiés par l'Association Sphère, ainsi qu'à la Norme humanitaire fondamentale de qualité et de redevabilité, dont la seconde édition a été publiée en mars 2024. Cette norme énonce neuf engagements visant à garantir que les organisations soutiennent les personnes et les communautés en situation de crise d'une manière qui respecte leurs droits et leur dignité, et qui promeut leur rôle premier dans la recherche de solutions face aux crises auxquelles elles sont confrontées.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. La version révisée de la norme reconnaît le rôle de premier plan des communautés dans la recherche de solutions locales, et vise explicitement à remédier aux déséquilibres de pouvoir entre celles qui reçoivent l'aide et celles qui la distribuent. Une communauté sinistrée n'est pas un ensemble de bénéficiaires passifs attendant qu'on décide pour elle. Elle a des priorités, des compétences et une capacité d'organisation que la catastrophe a ébranlées sans les supprimer.

Une exigence de méthode

HASDI définit, finance et évalue ses programmes depuis son siège. Nous en arrêtons les orientations, le budget et les critères de sélection. Lorsque la mise en œuvre opérationnelle est confiée à un partenaire local, elle fait l'objet d'une convention écrite qui réserve à l'association des droits d'accès, d'audit et de contrôle sur les opérations financées.

Les fonds collectés transitent par les comptes de l'association et leur emploi est retracé dans notre comptabilité, programme par programme, avec conservation de l'ensemble des pièces justificatives.

Cette rigueur n'est pas une contrainte subie, c'est ce qui rend l'action possible dans la durée. Une organisation qui ne peut pas justifier l'emploi de ses fonds perd ses financements, et avec eux sa capacité à intervenir la fois suivante.

HASDI, Initiative d'Aide Humanitaire et de Développement Durable, est une association déclarée régie par la loi du 1er juillet 1901, RNA W751286120, dont le siège est à Paris. Elle démarre ses opérations en Haïti, sans que son mandat s'y limite.